vendredi 7 mars 2008

Roubaix-Le parking de la discorde


Les petites rues abritent parfois de grands maux. Pour les soigner, il y a la Chélidoine, une association d'habitants qui porte le nom d'une plante connue pour ses vertus curatives dans le traitement contre les verrues. Aujourd'hui, elle se mobilise... pour une histoire de parking.

"On n'est pas contre la mairie. On demande juste des comptes!" Marie-Josée L'Hostis est énervée. Cette habitante de la rue du Curoir s'est lancée il y a quelques semaines dans une bataille pour la préservation du parking et du parc publics situés juste en face de chez elle. Et elle n'est pas seule dans ce combat. Membre de la Chélidoine, elle peut compter sur le soutien de tout un quartier.
L'histoire est simple. En septembre prochain, l'École nationale de protection judiciaire de la Jeunesse (ENPJJ), qui forme des éducateurs, ouvrira ses portes rue du Curoir. En tout, ce sont 491 personnes qui arriveront sur place. À quelques mètres de là, les travaux ont déjà commencé pour la construction d'une résidence étudiante. Enfin, la mairie prévoit de construire des logements sociaux sur l'actuel emplacement du square de la Tour et sur une partie du parking situé en face de chez Mme L'Hostis. Des 30 places actuellement disponibles, il n'en restera plus que 12.

La Chélidoine milite de son côté pour un autre projet : la réhabilitation du square laissé à l'abandon et le réaménagement du parking en un espace plus arboré qui permette un accès au parc, afin que ce lieu redevienne un véritable espace de vie. "La mairie tient un double discours. Dans les programmes, il est marqué noir sur blanc qu'il faut préserver les espaces publics, explique Marie-Josée L'Hostis. Ils nous disent qu'ils agrandissent les espaces verts, mais ce ne sont pas les espaces verts de proximité. En fait, tout est en train de se blinder autour de chez nous." Depuis que la mairie a présenté le projet d'aménagement aux habitants du quartier, l'association s'est mobilisée.

Réunions de quartier, rencontres avec le maire René Vandierendonck et l'adjoint à l'urbanisme, M. Dubois, distribution d'affiches dans les boîtes aux lettres... Depuis quelque temps, elles fleurissent aux fenêtres des maisons du quartier. On peut y lire : 'OUI au projet des habitants.' Puis un petit texte expliquant la volonté de l'association et l'aménagement souhaité. La Chélidoine entend clairement peser dans les décisions urbanistiques de sa ville. 5 000 nouvelles affiches sont d'ailleurs prêtes à être distribuées.

Pour Marie-Josée L'Hostis, ce désaccord avec la mairie met surtout en lumière le manque d'écoute de l'équipe dirigeante vis-à-vis des habitants. Dans une ville qui a toujours été à la pointe en matière de démocratie participative, le sujet est sensible. "Ça fait 10 ans qu'on dit à la mairie qu'il faut sécuriser cet espace vert en créant un lieu ouvert qui réunisse le parking et le square, ajoute Mme L'Hostis. De notre côté, on est en relation avec le comité de quartier ; on participe à des réunions qui visent à recueillir l'avis des habitants pour la construction de ce parking public. C'est ça la démocratie participative." Quant au discours du maire sur le sujet, elle n'y croit pas trop. "La mairie évoque des consultations avec les habitants. M. Vandierendonck m'a fait des promesses : 'vous aurez une belle place publique.' En réalité, les architectes ont déjà tous les plans pour la construction des bâtiments!"

Cette situation agace de plus en plus la Chélidoine. De la démocratie participative souhaitée par tous, il ne semble rester qu'une opposition entre les habitants d'un quartier et la mairie, projet contre projet. Marie-Josée L'Hostis a son avis sur la question. Selon elle, "les élus ont peur de la rencontre avec les habitants." Et quand on lui demande si le problème pourrait être réglé après les municipales, la réponse est claire et désabusée : "De toute façon, un candidat ou un autre, ça ne changera rien."
Alexis Hache

1 commentaire:

La Chélidoine a dit…

Merci beaucoup pour cette petite enquête sur ce qui va être un des principaux problème de la mandature qui s'annonce : la densification urbaine